Voici un article qui va traiter de l'intégrité physique des pratiquants lors de la pratique du Parkour...

 

Le mouvement, une seconde nature
Principes de base de mon entraînement au parkour

Bien souvent, les réflexions faites sur le parkour ou le freerunning mêlent admiration et crainte. Le public voit dans nos disciplines une pratique dangereuse et nous sommes considérés comme des casses-cous. Pourtant, nous (traceurs et freerunners) ne partageons pas cette avis, car nous savons que l'entraînement donne les clefs pour se dépasser et progresser.
J'ai malgré cela le sentiment que beaucoup de traceurs ne comprennent pas les principes de base qui font qu'un entraînement va être sérieux et sans prise de risque excessive, grisés par les sauts et la liberté de mouvement, peut-être même pour certains, par l'envie de reconnaissance.
C'est pourquoi j'ai décidé de résumer dans cette fiche, volontairement courte, quelques principes dans l'idée de soulever critiques et réflexions chez chacun d'entre nous. Les exemples choisis sont simples et non exhaustifs.
Il y a trois axes ou pistes de réflexion, qui vont être abordés dans cet ordre : la connaissance de la discipline, la capacité à se mouvoir en toute circonstance et la manière d'aborder visuellement notre environnement.

NDLA: Je ne vais pas revenir sur la nécessité de faire du renforcement physique, les articles sur ce sujet sont déjà assez nombreux.
Je conseille aussi la lecture attentive de l'article "Dilution" par Chris Rowat (Blane) et "Parkour, a journey" (en anglais) par Johann Vigroux qui insistent clairement sur l'importance de prendre le temps de découvrir par soi-même l'environnement, les mouvements.

  • La connaissance de la discipline.


Avoir une connaissance théorique
Le parkour est une discipline avec ses spécificités. Parmi celles-ci, un éventail limité de techniques qui sont une base à connaître pour tout traceur. Au delà du nom, ce sont les principes qu'il faut saisir. En comprendre les mécanismes permettra de rendre une technique efficace. Il s'agit d'utiliser un minimum d'énergie, pour obtenir un mouvement rapide et avec de l'amplitude afin de l'effectuer d'une manière qui soit saine pour votre corps.
Selon les environnements, certains mouvements seront plus adaptés et moins risqués, ou alors plus rapide à enchaîner et à combiner ensemble. Sans ce bagage technique, les parcours seront limités. La connaissance théorique doit cependant aller de pair avec une connaissance pratique : l'entraînement.

Regard critique sur sa pratique
L'entraînement doit être progressif pour vous permettre de comprendre comment évoluer, comment vous améliorer, tout en habituant votre corps aux contraintes du parkour. Pour cela, il faut faire du renforcement physique dont l'importance n'est plus à prouver. Cela passe par des mouvements de musculation (pompes, squats...) et par la répétition de techniques en cherchant un contrôle maximum des chaînes musculaires (une réception bruyante et mal stabilisée sera bien souvent symptomatique d'un mauvais amorti par exemple). L'idéal étant de conjuguer les deux.
Sauter, pousser sur ses jambes n'est pas difficile. Contrôler parfaitement sa puissance en revanche, doser sa force pour limiter au mieux l'impact et s'assurer de la précision du mouvement est autrement plus dur. Plutôt que d'effectuer de mauvais mouvements trop longs, mieux vaut réduire la distance et travailler un saut court et propre.
La connaissance des mouvements, répétés en diversifiant les environnements dans lesquels on les effectue est la clef de ce contrôle. Cela vous donnera une capacité à connaître votre corps, à gérer les mouvements dans n'importe quelle condition, et devrait vous amener à savoir vous rattraper naturellement, par expérience d'abord et par réflexe ensuite.

 

  • Coordination et réflexes


Réapprendre, pour de nouveaux réflexes.
Selon une définition médicale ( http://www.med.univ-rennes1.fr/sisrai/dico/R870.html ), un réflexe est “une réaction motrice déclenchée involontairement”. Cependant, notre corps a pris de bien mauvaises habitudes. Si vous tombez, le réflexe naturel est de tendre les mains avec pour conséquences des fractures au niveau des poignets. Ce mouvement permet de limiter les dégâts, mais ne permet pas de les éviter totalement.
Il faut que l'entraînement soit l'occasion de modifier les réflexes pour trouver des mouvements plus efficaces et cela passe par un apprentissage sérieux: il ne sert à rien de mal s'entraîner, ou de trop s'entraîner. Il faudra des milliers de répétitions pour ancrer dans le cerveau un nouveau mouvement et ce ne sera possible qu'avec du temps et de la patience !
Le parkour développe une bonne coordination motrice qui sur bien des points pourra nous sauver : je glisse mais je me raccroche quelque part et rétablis mon équilibre, à condition de ne pas s'entraîner avec trop de hâte.

Chuter, mais avec style !
Sans pour autant accepter l'idée de tomber et d'échouer, il faut avoir conscience de cette possibilité. Quand, à l'entrainement, une technique est ratée, il est bon de prendre l'habitude de se rattraper : la roulade doit être un mouvement quasi-systématique, un précision raté peut se transformer en mini saut de bras (sur un mur) ou en balancé (sur une barre). Il faut réfléchir à ce qui peut nous arriver et aux manières de nous en sortir.
Connaitre ses techniques de parkour, ce n'est donc pas seulement savoir faire un saut de bras, c'est savoir le faire en toutes circonstances : sous pression, avec obstacle, de biais, sur un mur qui glisse ou non. De cette manière le jour où quelque chose se déroule mal, vous ne vous retrouverez pas en l'air, étonné de ce qui vous arrive, mais vous aurez ce réflexe, de vous rattraper, de vous raccrocher, de vous sauver peut-être car en une fraction de seconde vous aurez compris ce qui vous arrive. Ce risque, il faut savoir l'anticiper.

 

  • Voir et visualiser : analyser d'un coup d'oeil


Voir et savoir, la vision parkour
Un traceur en pleine rue a l'imagination fertile. Là où les passants ne verront que les chemins classiques, il voit un terrain de jeu à exploiter avec de multiples chemins. On parle d'une “vision” parkour. Cependant cette vision doit vous permettre en fonction de vos possibilités d'analyser la faisabilité d'un saut. Au premier coup d'œil, vous devez savoir si c'est à votre portée. Non pas si vous allez potentiellement réussir le saut, mais il faut être sûr de le faire, et bien le faire. Il s'agit d'évaluer les possibilités, en fonction de vos capacités du moment et de l'environnement. Une pierre mal scellée peut bouger, un saut déjà effectué ne sera pas forcément réalisable un autre jour, pour cause de fatigue, de stress ou n'importe quel autre facteur perturbant. Il faut savoir regarder autour de soi pour réduire les risques, ou tout du moins les anticiper en connaissant ses limites et ses capacités.

« Pré »visualiser le mouvement
Un travail de visualisation, ou de préparation mentale peut-être utile pour occasionnellement se pousser et effectuer un saut que nous savons réalisable. La puissance et la technique sont là, mais la peur irraisonnée est là elle aussi. Imaginer la technique, penser à ses appuis, à la manière de se réceptionner, aux risques (mains qui glissent par exemple) pour mieux les anticiper font de la visualisation une technique de préparation mentale importante qui doit se conjuguer avec tous les points évoqués dans les paragraphes précédents. Un saut ne doit pas être lancé sans préparation ni concentration. Aussi petit soit-il.

 

  • Le mot de la fin


Le hasard n'a donc pas sa place dans l'entraînement d'un traceur. Tout mouvement doit-être réfléchi, analysé et constamment corrigé. Cela peut sembler moins amusant que sauter aléatoirement partout, mais c'est aussi la clef qui développera chez vous une capacité à bouger dans n'importe quel environnement et ce sans vous bruler les ailes. Finalement ce sera le meilleur moyen de vous amuser n'importe où, en progressant lentement, régulièrement et sans stagner ou vous blesser.
Régulièrement, nous parlons de « flow ». La fluidité dans le mouvement n'est pas un objectif en soi, mais elle doit venir naturellement parce que vos techniques sont parfaitement maitrisées, et que les principes évoqués dans cet article sont devenus pour vous, comme le mouvement, une seconde nature.

Those who doubt a lot are those who last the most.

Aurélien Bonhomme (aka AlpiN)
Association Grenobloise de Parkour (France) et Uppsala Parkour (Suède) - Avril 2010 

 

A Méditer...                   

 

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